La collation de 10 heures à l'école : pourquoi elle a presque disparu, et ce qu'on donne à la place

Il y a vingt ans, dans la plupart des classes de maternelle, dix heures sonnait l'heure du goûter. Gâteaux emballés, jus de fruits en brique, parfois des bonbons apportés pour un anniversaire. En Aquitaine, une enquête menée en 2004 et 2005 dans un échantillon représentatif d'écoles maternelles avait mesuré le phénomène : plus des deux tiers des enseignants proposaient une collation en milieu de matinée, composée le plus souvent de biscuits, de viennoiseries ou de sucreries. Personne n'y voyait de mal. On pensait aider les enfants qui n'avaient pas déjeuné.
Le problème, c'est que ce n'étaient pas ceux-là qui mangeaient le plus. La collation était servie à toute la classe. Un enfant qui avait pris un vrai petit déjeuner à 7 h 30 recevait donc un second apport sucré deux heures et demie plus tard, puis déjeunait à 11 h 45 sans grande faim. L'Agence française de sécurité sanitaire des aliments a rendu un avis en janvier 2004 : la collation matinale systématique n'a pas de justification nutritionnelle et contribue à un excès d'apports chez l'enfant. Le ministère de l'Éducation nationale a suivi la même année.
Ce qui a changé dans les classes
À partir de la rentrée 2005, le programme régional aquitain a accompagné les écoles pour arrêter la collation collective ou, quand les enseignants tenaient à garder un moment convivial, pour en changer le contenu. La comparaison entre 2004 et 2008, publiée dans les Archives de pédiatrie, montre le résultat : la proportion d'enseignants qui servaient encore une collation avait nettement baissé, et ceux qui la maintenaient avaient largement remplacé le sucré par des fruits, du pain ou un produit laitier. Le moment était souvent avancé vers 8 h 30 ou 9 h, pour ne servir que les enfants arrivés sans petit déjeuner.
Ce dernier point mérite qu'on s'y arrête. Le vrai sujet n'a jamais été le goûter en soi, mais le petit déjeuner manqué. Un enfant de cinq ans qui part à l'école le ventre vide sera fatigué et irritable dès la fin de la matinée. Pour lui, un morceau de pain avec un fruit à l'arrivée en classe est utile. Pour son voisin qui a mangé chez lui, ce même pain est de trop.
À la maison, que faire le matin ?
Le petit déjeuner n'a pas besoin d'être copieux ni compliqué. Un produit céréalier, un produit laitier, un fruit ou un jus pressé, et de l'eau. Le pain fait très bien l'affaire, les céréales du commerce sont souvent bien plus sucrées qu'on ne l'imagine. Si l'enfant n'a pas faim au réveil, ce qui est fréquent chez ceux qui se lèvent tôt, on peut avancer le coucher de vingt minutes ou décaler légèrement le réveil, plutôt que de forcer. Un fruit ou un yaourt à emporter, mangé sur le trajet ou en arrivant, dépanne les matins compliqués.
Et si la classe de votre enfant organise encore une collation à 10 heures, la question à poser à l'enseignant n'est pas « pourquoi », mais « pour qui ». Si elle est réservée aux enfants qui n'ont rien mangé, elle a sa place. Si elle est servie à tous, un mot à la réunion de rentrée suffit souvent à faire évoluer les choses. Beaucoup d'écoles aquitaines l'ont fait sans drame il y a quinze ans.