« Il ne mange que des pâtes » : comprendre la néophobie alimentaire

Un enfant qui mangeait de tout à dix-huit mois et qui, à trois ans, ne veut plus que des pâtes, du jambon et du fromage blanc : la scène est si répandue qu'elle porte un nom scientifique.
Ce qui se passe réellement
La néophobie alimentaire apparaît en général entre dix-huit mois et trois ans, culmine vers quatre ou cinq ans, puis régresse progressivement. Elle concerne la grande majorité des enfants à des degrés divers.
L'explication la plus admise est évolutive. Au moment où l'enfant devient autonome dans ses déplacements, la prudence face aux aliments inconnus le protège des baies toxiques et des aliments avariés. Ce réflexe, utile il y a dix mille ans, s'exerce aujourd'hui sur les courgettes.
Les légumes verts et les aliments amers sont les premiers touchés, parce que l'amertume est justement le signal de danger que ce réflexe cible. Ce n'est donc ni un hasard ni une provocation.
Les trois erreurs qui prolongent la phase
Forcer. Une cuillère imposée, un chantage au dessert, un enfant laissé à table jusqu'à ce qu'il finisse : toutes ces stratégies fonctionnent une fois et installent un conflit durable. L'aliment devient associé à une contrainte, et le rejet s'ancre.
Commenter. « Il n'aime rien », dit devant l'enfant, devient une identité qu'il endosse. Les phrases sur son appétit, répétées devant lui ou devant les autres, se transforment en rôle.
Remplacer systématiquement. Préparer un second plat dès le refus du premier apprend qu'il suffit de refuser pour obtenir mieux. Cela mène en quelques mois à un répertoire de trois aliments.
Ce qui marche
Continuer à présenter, sans insister. L'aliment est dans l'assiette ou sur la table, l'enfant peut le laisser. Il n'y a pas de commentaire, pas de félicitation s'il goûte, pas de reproche s'il refuse. La huitième ou dixième présentation aboutit souvent, à condition que les sept premières se soient passées sans tension.
Servir le même repas à tout le monde, avec au moins un élément que l'enfant accepte. Il mangera le pain et les pâtes, et verra les autres manger le reste. L'imitation fait beaucoup plus que l'argumentation.
Le laisser participer. Un enfant qui a lavé les tomates, épluché les carottes ou mélangé la salade les mange plus volontiers. L'effet est documenté et coûte dix minutes.
Varier les formes plutôt que forcer une forme. Une carotte refusée en rondelles cuites passe parfois crue en bâtonnets, ou râpée, ou en soupe. Ce n'est pas l'aliment qui est rejeté, c'est souvent sa texture.
Quand consulter
La néophobie ordinaire laisse un répertoire d'une vingtaine d'aliments et n'affecte ni la croissance ni l'énergie. Ces signaux-là, en revanche, méritent un avis médical.
Un répertoire qui se réduit à moins de dix aliments et continue de rétrécir. Un refus portant sur des catégories entières de textures. Une cassure de la courbe de poids ou de taille. Des nausées ou des vomissements à la vue de certains aliments. Un enfant fatigué, pâle, qui s'essouffle.
Ces situations relèvent parfois d'un trouble alimentaire pédiatrique qui se prend en charge, et non d'une phase à attendre.
La bonne nouvelle
Cette étape passe. Le répertoire s'élargit de nouveau à l'entrée en primaire, souvent sous l'effet de la cantine et des repas chez les copains, c'est-à-dire précisément en dehors du regard des parents.
Le seul objectif à tenir pendant ces années est de ne pas transformer les repas en épreuve, parce que l'ambiance à table laisse des traces bien plus durables que trois ans de pâtes au beurre.